En 1968, le prochain challenger de Tigran Petrossian doit être connu. Le favori est Boris Spassky, le précédent prétendant. Mais la concurrence est rude. Cependant, l'expérience acquise est précieuse pour repartir pour un nouvel assaut.
Le contexte
Bien que vaincu par Petrossian au championnat du monde, Boris Spassky avait fait bonne figure : sa défaite était surtout le prix à payer pour acquérir de l'expérience. Mais on a vu aussi que la concurrence se renouvelait. Et la principale menace pour les Soviétiques n'était pas encore prête pour le moment : en effet, Bobby Fischer avait quitté l'Interzonal -qu'il dominait- pour des conflits d'appariement avec les organisateurs. Mais d'autres malchanceux manquaient à l'appel : c'est le cas du champion d'URSS Léonid Stein. Déjà victime du règlement limitant le nombre de joueurs qualifiés d'un même pays (voir épisode 7), le voilà éliminé dans un tournoi de barrage pour attribuer la dernière place qualificative.
Les qualifiés.
Outre Boris Spassky, nous retrouvons les Soviétiques en masse : qualifié comme finaliste du tournoi des candidats, Mikhaïl Tal, puis issu du tournoi interzonal, Efim Geller (5e participation) et Viktor Kortchnoi (2e participation). Quatre Soviétiques "seulement". La concurrence est plus rude : nous retrouvons Bent Larsen, vainqueur de l'Interzonal. Le Danois (2e qualification) est rejoint par le Yougoslave Gligoric (3e), le Hongrois Portisch (2e) et le vétéran américain Samuel Reshevsky (57 ans, 2e après 1953) qui avait éliminé Stein au départage du fameux tournoi de barrage évoqué ci-dessus.
Les matchs se déroulent dans les mêmes conditions qu'en 1965 : 10 parties pour les deux premiers tours et 12 pour la finale.
Les quarts de finale.
Deux des matchs se disputent en Yougoslavie. A Belgrade, Tal affronte Gligoric. Ca commence par pour le champion du monde qui gaffe dans la 1ere partie. Les choses vont bien pour Gligoric qui mène 3-2 mais voilà que Tal frappe : 3 gains dans les 4 parties suivantes et le Magicien de Riga franchit le tour avant la limite (5,5-3,5).
L'autre match se tient à Porec entre Portisch et Larsen. Le duel est spectaculaire : Larsen fait le break avec deux gains (parties 2 et 3), Portisch reprend espoir et gagne la 4e ; puis il égalise dans la 7e partie. Larsen gagne le match en s'imposant dans la 10e et dernière partie (5,5-4,5).
A Amsterdam, siège de la FIDE, s'affrontent un Américain et un Soviétique (qui passa à l'Ouest 8 ans plus tard à Amsterdam justement) : Samuel Reshevsky et Viktor Kortchnoi. Le match est déséquilibré : Kortchnoi remporte les parties 2, 4 et 6, les autres sont nulles et le score est de 5,5 à 2,5.
Quelques semaines plus tard, à Soukhoumi en Géorgie, Spassky et Geller se retrouvent comme en 1965. Le scénario et le score sont les mêmes que pour Kortchnoi-Reshevsky : Spassky gagne 3 Siciliennes fermées (parties 2,4 et 6) et se qualifie aisément (5,5-2,5.
Les demi-finales.
Moscou est le théâtre du duel Kortchnoi-Tal. Kortchnoi a été la bête noire de Tal et ce match le confirme : après 3 nulles, le natif de Léningrad l'emporte deux fois mais Tal revient et gagne la 6e partie. Il tente encore et encore pour égaliser mais Kortchnoi tient bon et conserve son avance : 5,5-4,5.
En juillet 1968, Spassky et Larsen se retrouvent à Malmö. Larsen est confiant et déclare qu'il a des armes miracles contre Spassky. Plus posé, le Soviétique plie le match d'entrée : 3 gains dans les 3 premières parties. Larsen sauve l'honneur dans la 5e mais Spassky tue tout suspens et gagne la 7e partie. La 8e est nulle et il l'emporte largement, et la manière impressionne : 5,5-2,5 .
| Boris Spassky (Noirs) contre Bent Larsen (Blancs). Ici la partie a été jouée à Leiden en 1970. |
La finale des candidats
En passant, Larsen remporte le match pour la 3e place (qui donne la place de premier remplaçant pour le cycle suivant). contre Tal 5,5-2,5.
La finale entre Spassky et Kortchnoi se joue à Kiev. Une fois encore, l'expérience paie : Spassky gagne les parties 2 et 4 et mène 3,5-1,5. Kortchnoi revient à la charge et gagne la 6e partie. Ses espoirs sont néanmoins immédiatement douchés : Spassky gagne les deux suivantes. Kortchnoi s'avoue vaincu : deux nulles achèvent le match (6,5-3,5).
De gauche à droite, Victor Kortchnoi, Salo Flohr et Boris Spassky.
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| 8e partie du match. Spassky a joué Ce6+ et Kotchnoi joua son Roi de g7 en h7. Spassky conclut aussitôt par De3-h6+ !! qui mate (Rh7xh6, Tc1-h1 et sur Rh7-g8, Tc1-c8+ mate aussi). |
Et la suite ?
Jamais avare de commentaires, Kortchnoi avait déclaré en 1965 que Spassky était dans une forme médiocre. En 1968, il déclara le contraire. Les prédictions qui suivirent confirmèrent ses conclusions.
En 1969, Spassky retrouva Petrossian et remporta cette fois le match pour être champion du monde. Ce sommet marqua aussi le début du déclin du champion du monde.
Les Soviétiques dominaient mais tout le monde voyait que leur suprématie s'effritait un peu plus : outre les succès en tournois de Larsen, il y avait Bobby Fischer qui les inquiétait. Mais le caractère de l'Américain l'empêchait d'atteindre son but, ce qui rassurait les Soviétiques...
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