Les années 1970 sont marquées par l'affrontement entre Anatoli Karpov et Victor Kortchnoi. Celui-ci, voyant qu'il est défavorisé, a fait le pari de quitter l'URSS en 1976. En 1978, les deux joueurs s'affrontent dans un championnat du monde surréaliste, finalement gagné par Karpov. Mais Kortchnoi n'a pas dit son dernier mot, d'autant plus que la concurrence n'est pas non plus exceptionnelle.
Le contexte.
Anatoli Karpov est champion du monde et personne ne peut le contester. Ses victoires en tournoi sont impressionnantes. De son côté, Victor Kortchnoi enchaîne les tournois, sans les Soviétiques (qui boycottent sa présence). L'émergence d'une jeune génération, celle de Karpov en réalité, est freinée par les succès du champion du monde qui les dégoûtent les uns après les autres.
Les qualifiés.
Les interzonaux ont qualifié 6 joueurs et rejoignent Kortchnoi et Spassky (finaliste des candidats). Parmi eux, Mikhaïl Tal : l'ancien champion du monde a été exceptionnel à l'interzonal qui s'est joué chez lui, à Riga. Il est qualifié en compagnie de son compatriote Lev Polougaïevski. Derrière, deux Hongrois partagent la troisième place : Andras Adorjan et Zoltan Ribli. La Hongrie avait réussi l'exploit de gagner les Olympiades en 1978 devant l'URSS. Deux de ses membres doivent se départager dans un barrage : match nul et Adorjan se qualifie au bénéfice d'un meilleur départage au tournoi.
L'interzonal de Rio de Janeiro a bien qualifié directement trois joueurs : Robert Hübner (RFA), Tigran Petrossian l'ancien champion du monde (URSS) et le Hongrois Lajos Portisch. Ils terminent à égalité en tête. Promu grand espoir de l'Occident, le Néerlandais Jan Timman (disparu en février 2026) échoue d'un demi-point et cela ne fait que marquer une série d'insuccès dans la course aux candidats.
Les matchs.
Quarts de finale.
On reprend la même formule mais la durée des matchs est raccourcie. Le premier tour se dispute au meilleur des 10 parties.
Velden est le théâtre du nouvel duel Kortchnoi-Petrossian. C'est la 4e fois consécutive que les deux joueurs s'affrontent en match. L'ambiance y est toujours lourde mais Kortchnoi fait la différence : un gain dans la 5e puis un dans la 9e lui permettent de gagner avant la limite (5,5-3,5).
Restons dans le monde germanique avec le match Hübner-Adorjan qui se joue à Bad Lauterberg. Le papyrologue allemand remporte deux parties (3 et 5) avec les Blancs. Adorjan réduit l'écart dans la 6e. Il est même complètement gagnant dans la 9e partie...
Avec les Noirs, Adorjan est gagnant. Il peut simplement prendre le pion h3 mais il veut forcer l'échange des tours et joue Tc3-c5 ?? Enorme gaffe : Hübner joue Rh5xh4, récupère le pion et sur Tc5xg5, les Blancs sont pat !
Après ce drame, la 10e partie est nulle et Hübner se qualifie.
A Alma-Ata, Tal affronte Polougaïevski. En forme en 1979, Tal l'est moins en 1980. Moins bien préparé que Polougaïevski, il n'arrive pas à franchir la muraille adverse alors qu'il s'incline trois fois. Les deux défaites initiales ont plombé Tal, le score est de 5,5 à 2,5 en faveur de "Polou".
Enfin Mexico est le théâtre de la revanche du cycle précédent entre Boris Spassky et Lajos Portisch. Celui-ci gagne la première partie avec les Noirs (détail majeur) et Spassky arrache la prolongation en gagnant la 9e. On joue deux parties, nulles, puis deux autres, nulles aussi (7-7). Le règlement stipule que celui qui a gagné le plus de parties avec les Noirs est qualifié après ces deux prolongations. C'est donc Portisch qui passe. Mais dans la série des règlements absurdes, on n'en a pas fini.
Les demi-finales.
Le parcours de Kortchnoi ressemble à celui du cycle précédent : après avoir battu Petrossian, il joue contre Polougaïevski. Le match se joue à Buenos Aires ; contrairement à il y a 3 ans, le Soviétique résiste beaucoup mieux dans une série prévue sur 12 rencontres. Kortchnoi fait cependant la course en tête : victoire dans la 4e, égalisation dans la 6e et gain dans la 8e partie. Polougaïevski nous trouve alors une amélioration brillante dans la 12e et dernière partie, qui lui permet de prendre un avantage décisif et de gagner pour forcer la prolongation. Dans celle-ci, Kortchnoi l'emporte dans la 14e (7,5-6,5). Fait notable : les cinq parties décisives l'ont été quand Polougaïevski avait les Blancs.
Abano Terme accueille le match Hübner-Portisch. Les deux joueurs ne se départagent pas : 8 parties nulles. Puis Hübner gagne deux fois et assure sa qualification par un match nul. Score finale : 6,5-4,5. Le moment de l'Allemand ?
La finale.
Merano aime les échecs. La ville organise la finale des candidats à la fin de l'année 1980. Kortchnoi est favori contre Hübner mais celui-ci est sur une belle dynamique. D'ailleurs, il remporte brillamment la première partie. Kortchnoi égalise aussitôt mais après une nulle, Hübner l'emporte. Face à un adversaire -qui joue pour la Suisse-, qui est moins dominant qu'il y a 3 ans, il semble qu'il peut devenir le premier Allemand à jouer un championnat du monde depuis... 1934 (Efim Bogolioubov).
Et le tragique vient. La 7e partie voit Hübner mettre une légère pression à Kortchnoi mais ce dernier résiste bien.
Et voilà que les Blancs jouent Rd4-d5 ?? qui autorise la fourchette Cg4-e3+ qui gagne la tour. Kortchnoi empoche le point. La partie s'est terminée le 31décembre 1980.
Après la pause du nouvel An, Hübner s'écroule et perd la 8e partie. Les 9e et 10e parties sont jouées mais sont ajournées : la 9e dans une position équilibrée, la 10e avec un léger avantage à Kortchnoi. Mais Hübner s'en va, ne reprend pas les parties et abandonne le match (comme en 1971). Déclaré vainqueurs dans ces deux parties, Kortchnoi remporte le match 7,5-4,5 (dont deux gains par forfait). Il retrouve la finale du championnat du monde.
Et la suite ?
Merano accueille donc la finale du championnat du monde entre Karpov et Kortchnoi. Toujours dans un contexte pesant (la famille de Kortchnoi est retenue en URSS et son fils est emprisonné), le match n'a pas eu de suspens : Karpov est trop fort et il l'emporte 6 victoires à 2 en 18 parties -le plus court match depuis Lasker-Capablanca en 1921-. D'aucuns diront que la faible résistance de Kortchnoi est liée au sort de sa famille (qui quitta l'URSS quelques moins plus tard).
Mais on entend déjà un nom surgir pour remplacer un Kortchnoi vieillissant (50ans).
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