31.7.26

Petite histoire des candidats. Episode 19. 2011. Vers une normalisation, sans le meilleur joueur du monde ?

 Le championnat du monde 2010, gagné par Vishy Anand, avait mis fin à 17 ans de turbulences. Finis les championnats parallèles plus ou moins crédibles, finis les cycles tordus, place à une organisation plus rigoureuse. Mais voilà, ce nouveau cycle ne convient pas à tout le monde...

 

 

Un nouveau système qualificatif.

Si on met de côté la période couverte par l'épisode précédent, les candidats étaient désignés par un seul mode de qualification : un ou des tournois qualificatifs, appelés interzonaux. Or, la FIDE inaugure durablement un autre mode de qualification. On peut se qualifier via plusieurs moyens, différents : par la Coupe du monde -gagnée par Boris Gelfand-, qui est une série de matchs à élimination directs en deux parties. Par les résultats dans les grands prix FIDE, série de tournois dans ce but, par le classement Elo. On rattrape aussi Veselin Topalov et Gata Kamsky, respectivement finaliste du championnat du monde et finaliste du match des challengers.

La FIDE a même prévu d'accorder à l'organisateur un ticket qu'elle peut accorder à qui il veut, à condition qu'il soit à plus de 2700 Elo (soit dans les 30 meilleurs mondiaux environ).

Et tous ces joueurs-là se disputent une série de matchs éliminatoires en trois tours.

Le cas Carlsen. 

Ainsi, 8 joueurs étaient qualifiés. Outre Topalov et Kamsky, nous avions, Boris Gelfand, Vladimir Kramnik, Levon Aronian (Arménie), Teïmour Radjabov et Shakryar Mamedyarov (Azerbaïdjan) et le nouveau numéro un mondial, la nouvelle star des échecs, le Norvégien Magnus Carlsen.

Mais on apprend que le jeune prodige de 20 ans décline sa participation au cycle de qualification. Dans une lettre au président de la FIDE, il invoque l'instabilité des règles de qualification, qui changent tout le temps et aussi le privilège du champion du monde qui attend son adversaire s'épuiser (il aura le temps de changer d'avis). L'absence du Norvégien est un coup dur pour le monde des 64 cases mais à 20 ans, ne s'estime-t-il pas "assez prêt" pour relever ce défi ?

Quoiqu'il en soit, c'est le Russe Alexandre Grischuk qui le remplace.

Les quarts de finale.

La FIDE voulait que ces matchs se limitent dans le temps. En trois semaines, on connaît le challenger de Vishy Anand. Tout le cycle se dispute à Kazan en Russie.

Le premier tour se joue sur 4 parties classiques. Gata Kamsky a pris sa revanche sur Topalov, qui l'avait écarté deux ans plus tôt. Une victoire dans la 2e partie et trois nulles. Même résultat pour Gelfand contre Mamedyarov -sauf qu'il a gagné la 3e partie-.

Les autres matchs sont allés en prolongation. C'est en parties rapides que Grischuk sort Aronian : après 4 nulles, chacun l'emporte une fois et c'est la 8e partie (la 4e rapide) qui profite au Russe (4,5-3,5).

Le dernier match entre Kramnik et Radjabov s'est terminé à la deuxième série de blitz. 4 nulles en classiques, 4 nulles en rapides, puis une victoire chacun dans la première série de blitz. Kramnik gagne la 11e et annula la 12e. Beaucoup se diront qu'on ne se qualifie pas en blitz mais le championnat du monde peut aussi se décider en blitz (même si on n'est jamais arrivé à ce stade).

Les demi-finales. 

Après quelques jours de repos, Gelfand retrouve Kamsky. C'est un duel plus des années 1990 pour ces deux joueurs qui ont respectivement 43 et 37 ans. Prévu en 4 parties, la rencontre se finit en blitz : 4 nulles en classique, puis 2 nulles en rapide avant que Kamsky puis Gelfand ne s'imposent. L'Israélien fait la différence en gagnant les parties 9 et 10 en blitz (6-4).

Entre Kramnik et Grischuk, c'est le derby russe. L'expérience de Kramnik est un grand atout mais elle ne suffit pas à faire trébucher le repêché de la dernière heure. Les parties classique et rapides sont toutes nulles. Premier blitz et victoire de Grischuk qui obtient la nulle dans la 10e et se qualifie (5,5-4,5).

La finale.

Prévue en 6 partie, la finale oppose deux générations séparée de 15 ans. C'est une lutte serrée entre les deux ex-Soviétiques, qui commence par 5 nulles.  Dans la 6e, Gelfand domine tactiquement le Russe et s'impose. C'est la victoire 3,5-2,5 dans ce match où Grischuk a raté une chance dans la 5e partie.

 

Que s'est-il passé ensuite ?


Un an plus tard, Gelfand et Anand se retrouvent à Moscou. Le match est serré et se décide en prolongation. Anand l'emporte 8,5-7,5, en gagnant la plus courte victoire dans un championnat du monde, sur une gaffe de Gelfand qui lui a coûté très cher. Mais ce qu'on attend aussi, c'est que Carlsen revienne dans la course au titre mondial, qui ne concerne pour l'instant que des ex-Soviétiques ou presque.

 

 

 

 

 

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