21.4.26

Retour sur les tournois des candidats ... 2026

 Entre deux épisodes qui relatent les cycles des candidats précédents, je vous propose de revenir sur les tournois des candidats et candidates qui se sont terminés à Pegeia à Chypre. Ces deux tournois nous ont proposés des scénarios opposés dans leur déroulement.

 

Candidats mixtes. Sindarov écrase la concurrence.

Avec 10/14, Javokhir Sindarov a brillamment remporté le tournoi des candidats. 6 victoires et 8 nulles ; un succès assuré dès les parties aller (6/7) puis une deuxième partie gérée. Sindarov a exploité une excellente préparation dans les ouvertures, un calcul précis des variantes, qui a fait craquer ses adversaires. Il n'a que peu été mis en danger et c'était sur la fin :  Fabiano Caruana l'a mis sous pression mais il a très bien défendu. Anish Giri a eu sa chance de le mettre en difficulté mais le Néerlandais n'a pas trouvé la bonne suite pour accroître son avantage. Sindarov a tué tout suspens très vite.

Les premières rondes voient deux joueurs s'envoler rapidement : Sindarov et  Caruana. Ils mènent avec 2,5/3. La 4e ronde les oppose : SIndarov livre une partition parfaite et bat l'Américain,  Celui-ci est le seul à tenter de suivre l'Ouzbek mais le retard est déjà conséquent à mi-parcours, Sindarov a 6/7, Caruana est deuxième avec 4,5 et les autres sont à 3,5 points et moins. Dans la deuxième phase, Anish Giri émerge et revient à deux points de Sindarov. A l'avant-dernière ronde, il faut le battre pour espérer une chance microscopique de revenir à égalité. Ce n'était pas le cas. Giri finit à 8,5/14, score souvent suffisant pour gagner un tournoi des candidats mais pas cette année.

Son classement Elo le plaçait comme favori même si le tournoi semblait indécis. Hikaru Nakamura n'a jamais montré sa capacité à tenir ce rôle : il craque en finale contre Caruana dès la1ere ronde. Lors de sa confrontation contre Sindarov, il réfléchit 67 minutes (ce qui a produit des articles dans une presse généraliste) puis perd, en jetant la faute publiquement sur ses secondants. Le roi du stream échiquéen ne me paraissait pas le favori logique avant la compétition : manque de compétition, changements dans sa vie personnelle, ce n'est pas simple. La motivation réelle a fait défaut pour la suite du tournoi (malgré une victoire contre Caruana dans la phase retour). Il finit avec 6,5/14 sans énergie.

Fabiano Caruana était plus vu comme un favori, étant donné son expérience. Mais il n'a gagné qu'une seule fois le tournoi des candidats. Bien parti, il perd contre Sindarov. Sa défaite à la ronde 8 contre Caruana a sapé son moral -il perd le lendemain contre Giri-. Il termine 3e.

Le Néerlandais Anish Giri a réalisé un bon tournoi, enfin surtout une bonne deuxième moitié de tournoi. Il a donné l'illusion qu'il pouvait inquiéter Sindarov mais c'était trop peu et trop tard. Ses bonnes préparations n'ont pas toujours été couronnées par la victoire. Mais il a montré qu'il retrouvait une bonne dynamique, qui prolonge celle de la fin de l'année 2025. Il finit deuxième.

D'aucuns pensaient que Wei Yi pouvaient gagner le tournoi. Mais le Chinois a montré beaucoup de fébrilité s'est retrouvé en difficulté. Au final, son score de 7/14 est flatteur par rapport à l'impression générale qu'il a produite. Il n'a perdu que deux parties, battant deux fois le Russe Esipenko.

Praggnananandhaa (Inde) était aussi vu comme un potentiel vainqueur. Mais ses derniers résultats et la saturation qu'il a évoquée n'étaient pas de bons signes. Ca s'est confirmé. Il finit avec 6/14, battant Giri (qui a pris sa revanche) et perdant deux fois contre Sindarov. Il faudra sans doute un peu de repos ; la consolation est venue de sa soeur (on verra plus loin).

Matthias Bluebaum est le seul joueur à avoir gagné deux championnats d'Europe individuel. A Pegeia, il s'est contenté de jouer solide : on l'a bien vu avec 12 nulles en 14 parties. L'Allemand a perdu deux parties (dont à la dernière ronde) ; une bonne préparation pour ne pas perdre, une bonne faculté à serrer le jeu mais pas plus. C'était le moins bien classé avec Esipenko, on ne peut pas forcément lui en vouloir. Il finit avec Praggnanandhaa avec 6/14.

Enfin le Russe Esipenko a beaucoup souffert  : 4,5/14 soit 9 nulles et 5 défaites. Que dire qu'il a permis à Wei Yi de sauver ses points Elo (0-2) ? Il était encore au dessous de ses adversaires. Mais le tournoi était très relevé et les joueurs ont commis peu d'erreurs à leur niveau.


Le classement final

 

 Chez les femmes.

Sur le papier, le tournoi des candidates était ouvert : il y avait peu d'écart entre les joueuses. 7 se tenaient sur 60 points Elo de différence avec Zhu Jiner qui était 30 points au-dessus de la 2e classée. Ce tournoi a connu un rebondissement avant son début : en raison de la situation actuelle (Chypre a été bombardée), l'Indienne Humpy Koneru a déclaré forfait et a été remplacée par l'Ukranienne Anna Muzychuk.

Cette homogénéité se retrouve dans les résultats : 8 nulles dans les 2 premières rondes, fait unique pour un tournoi féminin (et même un tournoi des candidats). Après 5 rondes, toutes les joueuses se tiennent en un point. A mi-parcours, c'est Muzychuk qui mène avec 4,5/7, devant l'Indienne Vaishali, la soeur de Praggnanandhaa, avec 4 points et 4 joueuses à 3,5/7. Notons que la vice-championne du monde, la Chinoise Tan Zhongyi est dernière avec 2,5/7.

A la ronde 8, elles sont 5 en tête (Muzychuk, Divya, Zhu, Vaishali et Lagno) avec 4,5. Vaishali prend une première option à la 10e ronde et une autre à la 11e quand elle bat la Russe Goryachkina : elle a 1 point d'avance sur Muzychuk et Zhu. La 12e retourne la situation : Vaishali craque contre Zhu, qui la rejoint. Derrière, Assaubayeva (qui est la compagne de Sindarov) bat Lagno et revient à un demi-point des meneuses, avec Muzychuk. Après la 13e ronde, 6 joueuses se tiennent en un point mais Assaubayeva a battu Zhu et rattrape Vaishali en tête.

La dernière ronde est dramatique : Assaubayeva annule une partie tendue contre Divya, Muzychuk et Zhu annule et Vaishali l'emporte sur Lagno au terme d'une partie très intense.

Avec 8,5/14, Vaishali Rameshabbu remporte le tournoi des candidates, un des plus serrés qui ait eu lieu.

 Vaishali était la moins bien classée des joueuses mais elle a su profiter des situations offertes.

Contre la vice-championne du monde Tan, Vaishali est chanceuse : la Chinoise avec les Noirs vient de jouer Ta4-a1, dans une finale favorable mais probablement nulle. L'Indienne réfute immédiatement par Ta6xf6, qui gagne une pièce (Rxf6 Fd4+ fait la fourchette).

 Elle a fait preuve de résilience, en surmontant ses deux défaites contre Zhu Jiner la Chinoise. Un succès mérité.

L'Ouzbek Bibissara Assaubayeva  (8) réalise aussi un très bon tournoi. Elle échoue de peu malgré une très bonne fin de compétition. En effet, elle était mal partie (3/7) et c'est un regret.
Zhu Jiner  (7,5) était la favorite au Elo. Elle aurait pu gagner si elle n'avait pas perdu ses deux parties contre Assaubayeva. De gros regrets car elle a forcé des positions parfois, ce qui lui a coûté au moins sa deuxième partie.

Aleksandra Goyachkina (7,5) peut aussi nourrir quelques regrets : elle commence par 7 nulles puis perd contre Vaishali. Elle termine avec 2,5 points sur 3 mais n'a pas donné l'impression qu'elle pouvait gagner le tournoi.

Anna Muzychuk (7) aurait pu créer la sensation : repêchée deux semaines avant le début du tournoi, elle est en tête à mi-parcours (4,5/7). Mais elle a faibli et a certainement payé son manque de préparation pour le tournoi. Elle finit à 50%.

Avec 6,5/14, Katernia Lagno réalise une performance conforme à son classement : 4 victoires, 5 défaites et 5 nulles. Elle a été dans le coup à un moment mais elle a manqué de solidité avec les pièces noires, ce qui a coûté très cher au final.

Avec 5,5/14, l'autre Indienne Divya Desmuskh s'est écroulée sur la fin. Co-leader à la 8e ronde, elle finit avec 1/6. C'était la joueuse la moins expérimentée à ce niveau.

Enfin la vice-championne du monde Tan Zonghyi a terriblement déçu : 5,5/14 seulement. Elle n'a pas encore digéré la déroute qu'elle a subie l'an passé en finale du championnat du monde. 

 

Des championnats du monde incertains ?


Nous avons donc les deux affiches. En novembre-décembre, sans avoir de précision sur les dates et lieux, Sindarov affrontera Gukesh et l'année prochaine, Vaishali affrontera Ju Wenjun. Pour le titre féminin, soyons honnête, l'avantage reste à la championne du monde. L'expérience est un avantage certain, ainsi qu'une plus grande stabilité. Vaishali a néanmoins cette formidable capacité à réaliser de grosses performances (deux coupes du monde gagnées).

Chez les hommes rien n'est clair. C'est sans doute une question de forme pour les deux joueurs. Pour le moment, la tendance est favorable à Sindarov : outre ses résultats, ceux de Gukesh sont clairement insuffisants pour un champion du monde. Et le pire, c'est qu'on n'arrive pas à voir d'amélioration notable. L'Indien fera l'impasse sur le Grand Chess Tour ; il est remplacé par ...  Sindarov ! Mais un match est une épreuve tellement spécifique. Il faut savoir s'adapter et bien analyser son adversaire. 

 

 

 

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