Le premier match Karpov-Kasparov avait été interrompu au bout de 6 mois de lutte et un autre match entre les deux joueurs débuta en septembre 1985. Le cycle des candidats au championnat du monde 1987 était déjà bien engagé et lorsque Garri Kasparov remporta la 24e partie du second match, le tournoi des candidats venait de s'achever. Avec un match revanche en prime, c'est tout un cycle qu'il a fallu modifier.
Un cycle en trois temps.
Jusque-là, le cycle des candidats avait un principe fixe : soit un tournoi (entre 1950 et 1962), soit une série de matchs (de 1962 à 1984). Pour ce cycle 1985-1987, la FIDE décida de mixer les deux : d'abord un tournoi qui qualifierait 4 joueurs qui s'expliqueraient en match. Mais ce n'était pas fini : celui qui en sortirait vainqueur affronterait le vaincu du match Kasparov-Karpov de 1986 ( à savoir Anatoli Karpov).
Le cycle des candidats s'est aussi élargi à 16 joueurs, contre 8 précédemment. Kortchnoi, Ribli et Smyslov étaient qualifiés d'office (demi ou finalistes du précédent cycle). 12 autres joueurs passaient par les tournois interzonaux. Celui de Tunis a qualifié 3 Soviétiques : Arthur Youssoupov, Alexandre Beliavsky et Alexandre Tchernine (qui a éliminé en barrage son compatriote Gavrikov). Le quatrième élu est un vétéran : le Hongrois Lajos Portisch.
Taxco au Mexique a qualifié (sans barrage), Jan Timman (Pays-Bas). Enfin pour le meilleur joueur d'Europe occidentale. Le Cubain Jésus Nogueiras, le Canadien Kevin Spraggett et l'ancien champion du monde Mikhaïl Tal (URSS) complètent le tableau.
L'interzonal de Bienne (Suisse) a qualifié directement trois joueurs : deux Soviétiques (Rafael Vaganian, l'encore inconnu et futur Français Andreï Sokolov) et l'Etatsunien Yasser Seïrawan. Un barrage à trois devait attribuer la 4e place qualificative : c'est le jeune prodige anglais Nigel Short qui s'imposa devant le Néerlandais Van der Wiel et le Philippin Torre.
Une première phase en tournoi à Montpellier.
C'est Montpellier qui organise le tournoi des candidats. 15 joueurs y participent plus... le joueur sélectionné par l'organisateur à savoir Boris Spassky, jouant désormais pour la France. On arrive bien à 16. Tout ce monde s'affronte sur 15 rondes à l'issue desquels -je l'ai écrit plus haut- les 4 premiers continueront leur parcours.
| Source. FFE |
Après 5 rondes, Timman, Portisch et Youssoupov sont en tête avec 3,5 points. Tal suit avec 3, 7 joueurs sont à 2,5 points, 4 à 2 points (dont Spassky et Kortchnoi). Le peu connu Spraggett est dernier avec 1 point. Après 10 rondes, Youssoupov est seul leader avec 7 points, devant Tal (6,5) et la paire Timman et Sokolov avec 6 points. Kortchnoi, avec 4 points, est hors course et Spassky vient de perdre contre Spraggett.
A 3 rondes de la fin, Timman, Tal et Youssoupov tiennent le bon bout (7,5) ; les 3 suivants (Vaganian qui se réveille, comme Spassky qet Sokolov) sont à 1 point. Pourtant, la situation bascule : Timman perd aussi contre Spraggett (qui a fini dernier avec 5 points) et laisse ses deux co-meneurs prendre la tête. Il est même rattrapé par Solkolov. Vaganian et Spassky à un demi-point derrière.
A la 14e ronde, Seïrawan met en péril la qualification de Tal en le battant. Vaganian et Sokolov s'imposent. Ce dernier rejoint Youssoupov en tête.
15e et dernière ronde. Seul joueur à s'imposer dans le groupe de tête, Vaganian rattrape Youssoupov et Sokolov pour remporter le tournoi. Tal et Timman finissent à égalité. La partie Spassky-Beliavsky est décisive : le vainqueur disputera le barrage avec Tal et Timman, la nulle élimine les deux joueurs. Malgré les efforts de l'ancien champion du monde, c'est le partage du point qui conclut la partie.
| Le classement final. |
Evidemment, on peut dresser un bilan. On constate un gros renouvellement : aucun des qualifiés n'a participé au précédent cycle. Et pis encore : à part Tal, aucun n'avait participé à un quelconque cycle de championnat du monde. On peut noter la déception de Kortchnoi (13e) qui n'est définitivement plus un prétendant majeur au titre mondial ; la bonne tenue du vétéran Smyslov (64 ans) ou la déception de Beliavsky, meilleur Elo du tournoi avec Timman.
Montpellier n'a pas fini avec le tournoi des candidats. Il faut départager Tal et Timman. Un match de 6 parties est prévu. En cas d'égalité, c'est Timman qui se qualifie au bénéfice du plus grand nombre de parties gagnées. En gagnant la 2e, le Néerlandais assure quasiment sa qualification. Tal égalise après une belle partie technique dans la 5e mais il ne peut gagner la 6e avec les Noirs. Timman réussit enfin à satisfaire ses fans.
Les matchs
Alors que Kasparov ronchonne pour accepter le match revanche, les deux quarts de finale se disputent en janvier et février 1986. A Minsk, Rafael Vaganian était favori contre le champion d'URSS 1984 Andrei Sokolov. Mais c'est l'étudiant francophone qui dicte sa loi : 3 victoires consécutives (parties 2-4) plient le suspens. Le quatrième gain dans la 8e partie clôt le match par 6 à 2.
A Tilbrug, Jan Timman commence par une victoire contre Arthur Youssoupov ; 3 nulles suivent. Mais le sosie de Raspoutine (dont l'assassin s'appelle justement Youssoupov) frappe brutalement le Batave : 4 gains et une nulle pour une qualification brutale (6-3) du Moscovite.
C'est dans l'anonymat le plus total, éclipsé par le match des deux K qui se joue à Leningrad, que Youssoupov et Sokolov s'affrontent à Riga. Youssoupov prend la main d'entrée : il gagne les parties 1 et 3 avec les Noirs. Sokolov réduit bien l'écart dans la 7e mais un nouveau succès avec les Noirs porte l'écart à deux points après 9 parties et même 10 (6-4).
A Leningrad, Karpov avait porté un hat trick qui lui avait permis d'égaliser contre Kasparov mais pas de gagner. Sokolov, lui, réussit le même coup mais il retourne le match en gagnant les parties 11 à 13. Impuissant contre Sokolov quand il a les Blancs, Youssoupov n'a pas réussi à égaliser dans la 14e et dernière partie. 7,5-6,5 pour Sokolov dont l'accélération de la progression est fulgurante.
De là à battre Karpov en février 1987 à Linarès ? Peu y croyaient mais le doute pouvait exister tant Sokolov franchit les étapes à toute allure. En fait, la finale des candidats n'a pas eu de suspens : Karpov gagne la 2e partie puis récidive dans la 6e. Le répertoire limité de Sokolov est trop rédhibitoire contre l'ancien champion du monde. Ce dernier achève le match en gagnant les parties 13 et 14. 7,5-3,5 sans forcer et Karpov retrouve Kasparov pour un quatrième match en quatre ans.
Et la suite ?
Sokolov n'a jamais pu digérer ce cycle des candidats. C'était un météore brisé par la lettre K. Les autres, eux, ont pu digérer ont le verra.
Karpov aime bien l'Espagne. Contre un Kasparov pas au mieux de sa forme et sans doute trop dispersé, il manque de reconquérir le titre mondial. La victoire de Kasparov après une 24e partie dramatique sauve le match nul pour l'Ogre de Bakou.
Quant à la formule hybride, elle n'a pas plu.
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