Les années 1980 ont été dominées par deux des géants des Echecs. Et ce cycle 1988-1990 ne change rien. Pour disputer un championnat du monde, il faut que son nom commence par la lettre K. L'opposition est encore trop tendre.
Le contexte.
Décembre 1987. Garri Kasparov vient de remporter la 24e et dernière partie du championnat du monde contre Anatoli Karpov ; elle lui permet d'arracher un match nul poussif. C'est donc Karpov qui est reversé dans le cycle des candidats.
Parmi la concurrence qui s'est qualifiée, aucun nom n'émerge sérieusement pour s'opposer à un cinquième match entre les deux K, prévu à l'automne 1990.
La FIDE a décidé de changer -encore la formule- et pas forcément en mal. Fini le tournoi des candidats à 16 suivi de matchs. La Fédération Internationale Des Echecs décida que tout le cycle se jouera en matchs ; et le nombre de qualifiés reste important (14 plus Karpov reversé en quart de finale). Une bonne chose qu'il faudrait reprendre à mon avis aujourd'hui.
Les candidats.
14 joueurs étaient qualifiés pour le premier tour. D'abord les 4 quart de finalistes du précédent cycle, soit les 3 Soviétiques Sokolov, Youssoupov et Vaganian, ajoutés au Néerlandais Timman.
9 joueurs qualifiés par les tournois interzonaux : le Hongrois Sax et les Anglais Short et Speelman, dans le tournoi de Subotica. le Soviétique Salov, l'Islandais Hjartarson et le Hongrois Portisch (après un match de barrage) par le tournoi de Szirak ; enfin le Suisse Kortchnoi, le Soviétique Ehlvest et l'Américain Seïrawan par le tournoi de Zagreb (ces tournois ont tous eu lieu en Yougoslavie). La liste des éliminés est impressionnante et on ne la fera pas.
Le 14e qualifié est le Canadien Spraggett. En effet, la ville de Saint-John accueille ces 1/8e de finale et le pays hôte a obtenu le droit de désigner un joueur, ici le meilleur joueur canadien.
Les 1/8e
Ce premier tour se dispute sur 6 parties. Plusieurs matchs ont été gagnés avant la limite. La victoire de Nigel Short sur Gyula Sax n'a rien d'une surprise (3,5-1,5), ni celle d'Artur Youssoupov contre son compatriote (devenu Estonien puis Etatsunien) Jaan Ehlvest sur le même score. Par contre, la qualification de l'Anglais Jon Speelman contre Yasser Seïrawan par 4 à 1 est une petite sensation. Enfin Lajos Portisch gagne un match assez terne contre Rafael Vaganian. Le match le plus intéressant a opposé Jan Timman à Valeri Salov. Le jeune Soviétique, encore inconnu, donne du fil à retordre et passe tout près de battre le favori batave ; après 5 nulles, Timman arrache la victoire dans la dernière partie et se qualifie.
Deux matchs sont allés en prolongation. L'Islandais Johann Hjartarson était bien peu estimé face à Viktor Kortchnoi. Et pourtant, il mène 3-1 après 4 parties. Une nulle lui suffit mais Victor le Terrible arrache deux victoires et force la prolongation. Le Suisse annule la première partie avec les Noirs mais il se fourvoie avec les Blancs. L'Islandais s'impose et crée une des sensations de ce premier tour.
Car l'autre sensation a eu lieu dans l'autre match : entre le finaliste des candidats Andreï Sokolov et le Canadien Kevin Spraggett,il ne doit pas y avoir match. D'ailleurs, Sokolov marque le premier. Spraggett égalise dans la 5e et le match atteint la prolongation. 4 parties sont nulles ; on joue à chaque fois dans une cadence plus courte. Après la 11e partie, c'est encore nulle. Mais la 12e est calamiteuse pour Sokolov qui finit par laisser passer une fourchette. Élimination pour le Soviétique, qui n'a pas digéré son nouveau statut.
Les 1/4
Un an après, en février 1989, se disputent les 1/4 de finale. Anatoli Karpov entre en scène à Seattle contre Hjartarson. L'expérience est trop favorable à Karpov qui n'a aucun mal à vaincre le jeune Islandais (3,5-1,5).
Pas trop loin de là, à Québec, Kevin Spraggett affronte Artur Youssoupov. Le Moscovite était prévenu mais il perd la 2e partie. Il réagit et gagne la suivante mais après 6 parties, c'est toujours l'égalité. Deux nulles suivent. Le premier qui gagne l'emporte et à la 9e, Youssoupov l'emporte et se qualifie péniblement.
Au même moment, Londres accueille le derby anglais entre Short et Speelman. Le premier est désigné favori mais c'est le second qui s'impose : 2 victoires et 3 nulles.
Enfin à Anvers, le match Timman- Portisch nous offre un scénario palpitant. Portisch gagne la 3e. Mais Timman renverse le match et gagne les deux dernières parties pour se qualifier (3,5-2,5).
Les demi-finales.
Londres accueille les deux matchs entre Karpov et Youssoupov et Speelman et Timman.
Karpov a eu maille à partir contre Youssoupov. Malgré une victoire avec les Noirs dans la 3e, l'ancien champion du monde souffre et perd la 5e partie sur une belle attaque. Après 7 parties (les matchs se jouent désormais en 8 parties), le score est de parité. Karpov nous sort le grand jeu et gagne la dernière partie pour se qualifier.
Dans l'autre match, on a le sentiment que Timman domine : il gagne la 2e partie avec les Noirs. Speelman, joueur créatif et original, nous sort une ouverture rare et surprend Timman dans la 7e et égalise avec les Noirs aussi. Décidément, les pièces noires sont à la fête car Timman gagne la 8e et se qualifie.
La finale.
Kuala Lumpur accueille la finale des candidats entre Karpov et Timman. De suspens, en mars 1990, il n'y en a pas eu sur ce match prévu en 12 parties. Karpov gagne la 1ere, puis la 4e et achève le travail par deux gains dans les parties 8 et 9. 6,5-2,5 au final et une nouvelle chance contre Garri Kasparov.
Que s'est-il passé ensuite ?
Karpov a échoué contre Kasparov. Serré, le match s'est décanté dans la 2e moitié jouée à Lyon. Karpov a encore montré qu'il était meilleur en match.
Pour les autres, c'est la confirmation qu'il existe toujours et encore un monde entre les deux K et eux.
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